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dimanche 22 décembre 2013

Offrir des mots : conte de Noël

C'est avec grand plaisir que je réponds au "défi" ou plutôt au cadeau proposé par Passion "Offrir des mots" dont voici le lien http://passion.table.jardin.over-blog.com/article-offir-des-mots-liste-121703561.html sur lequel vous trouverez la liste de tous les bloggeurs et bloggeuses qui ont allégrement répondu à l'appel.
Les miens sont nés ce matin, au réveil... partis d'une idée qui m'avait trottée dans la tête voilà près de huit ou neuf ans mais n'était jamais allée plus loin que le titre. Et encore, le titre était : "Babo, l'arbre qui avait perdu ses racines". Du temps a passé depuis ce titre, Babo a gardé ses racines (ou les a-t-il retrouvées même s'il (elle ?) a perdu beaucoup de branches au passage - neuf ans, c'est long). Ce matin, j'avais envie de poser un regard neuf, un regard optimiste et positif, et voici les mots que ma "plume" virtuelle a bien voulu me livrer...
Je ne suis pas encore allée lire les "mots" des amies bloggeuses afin d'éviter tout risque d'influence mais maintenant je vais m'y rendre joyeusement de ce pas.

Bonne lecture... et en avance, joyeuses fêtes de Noël à tous et à toutes.
Marie K.


Babo le petit arbre qui avait perdu sa famille

Un conte de Noël par Marie K. (décembre 2013)

[Reproduction interdite à moins de citer l’auteure et le blog d’origine] 

Il s’était réveillé un matin, tout sonné, avec une grosse bosse sur l’une de ses branches bien fournies, recouvertes d’aiguilles verdoyantes. Il ne savait plus très bien ce qui lui était arrivé.
Dehors il faisait froid et la neige commençait à recouvrir le paysage qu’il voyait autour de lui : des constructions de pierre et de béton parsemées de carreaux vitrés, des cartons, de gros bacs à ordures et des déchets un peu partout. Et quelques humains qui passaient, semblant aveugles à ce qui les entourait et courbés en avant pour se protéger du froid, bien emmitouflés dans des manteaux, des bonnets et des écharpes de laine.
Peu à peu, il se souvint.
Il se trouvait dans une forêt où l’air était pur et vivifiant, entouré d’arbres bien verts tout comme lui, couverts d’aiguilles. Il y avait les « grands », ceux qui vous regardaient du haut de leurs quatre ou cinq mètres, et qui vous protégeaient des grands vents lorsque ceux-ci se mettaient à souffler. Et il y avait les « petits », comme Babo, à peine nés – deux ans à peine - mais destinés à devenir vigoureux et pleins de sève et de vie.
Puis des hommes étaient arrivés, dans un gros camion. Et ils avaient commencé à couper, à couper, ou à déraciner, selon la taille des arbres et en fonction des parcelles où ils accomplissaient ce qui semblait être leur tâche.
Et Babo avait été l’un de ceux que l’on avait déracinés, tout petit encore, à peine un mètre cinquante de hauteur, presque un bébé comparé à ses grands congénères.
Ils avaient été chargés de nuit, sur la remorque du camion, puis recouverts d’une bâche qui rendait tout obscur, les privant de la clarté de la lune et des étoiles, et le camion avait démarré. Ils avaient roulé ainsi un bon moment jusqu’à ce que le camion se mette à ralentir, puis à rebondir, certainement sur une bosse ou une dénivellation, et Babo avait été éjecté tandis que le camion avait poursuivi son chemin sans se rendre compte de sa disparition.
Maintenant Babo se souvenait parfaitement. Et il se demandait bien où il se trouvait. Il regarda au loin, au-delà des cartons, des déchets, et des trottoirs déserts qui l’environnaient. Il aperçut des lumières, des guirlandes de lumières, qui traversaient le ciel, d’autres qui pendaient le long des constructions bétonnées. Il aperçut des feux qui clignotaient. Il aperçut des voitures, et des camions, qui commençaient à circuler de plus en plus nombreux. Le jour se levait. Il comprit qu’il se trouvait à l’entrée d’une ville là où - les « grands » le lui avaient raconté- les humains vivaient rassemblés pour se protéger des incertitudes et des dangers de la nature.
Babo n’avait pas froid mais il se sentait bien seul. Et surtout, il ne pouvait pas se déplacer, malgré ses racines qui lui étaient d’un bien piètre usage ici.  Et comment s’enfoncer dans un sol qui était si dur ? Comment puiser sa nourriture ? Combien de temps allait-il tenir ainsi ?
Une journée passa, puis deux, puis trois, puis près d’une semaine s’écoula. Babo n’avait pas vu grand monde dans l’endroit un peu reculé et désert où il se trouvait. Toujours quelques passants, qui semblaient vouloir échapper au temps tellement ils passaient à toute vitesse, sans jamais rien regarder de ce qui les entouraient. Ils avançaient tête baissée, portant une main à leur écharpe ou à leur bonnet comme pour les empêcher de s’envoler, et ils couraient presque plus qu’ils ne marchaient. Néanmoins, le sol commençait à se couvrir d’un joli manteau blanc, ce qui rendait le paysage un peu moins triste et désolé.
Babo commençait pourtant à se sentir mal. Ses aiguilles s’asséchaient malgré la fraicheur de la neige et plusieurs d’entre elles se détachèrent de ses branches et tombèrent sur le sol. Babo savait que si la situation durait, c’était la fin pour lui et qu’il ne pourrait rien faire par lui-même pour l’en empêcher. Alors il se mit à repenser à « là-haut », dans la forêt, un peu sur les hauteurs, où la vie était si belle et si douce avec ses frères et sœurs, avec les « grands » de la forêt, avec les animaux qui venaient la nuit rôder autour d’eux, les frôler de leur doux pelage, avec les oiseaux qui se posaient sur leurs branches pour entonner des chants tous plus beaux les uns que les autres. Il repensait aux étoiles dans le ciel, au croissant de la lune, tantôt inversé d’un côté, tantôt de l’autre, tantôt une belle lune bien pleine qui pouvait changer de couleur selon la saison, jouer à cache-cache avec les nuages. Il repensait à cet air si pur qu’il respirait et il sentait bien qu’ici ce n’était pas le même air même si le camion sans doute roulé que pendant quelques heures avant que Babo ne soit éjecté de la remorque. C’est donc que cet endroit d’où il venait n’était pas si éloigné que cela… Mais Babo savait que désormais, il n’y retournerait jamais et peut-être même que là, il allait sécher sur place et terminer sa vie avant même de l’avoir vraiment commencée. De petites larmes sortirent de ses aiguilles qui commençaient à jaunir et à pâlir.
Deux jours passèrent encore et les forces de Babo s’en étaient allées. Il sombra dans une sorte de sommeil et perdit totalement connaissance.
Quand il rouvrit les yeux, la surprise n’en finissait plus de l’émerveiller : autour de lui, une dizaine d’enfants, aux mines épanouies et joyeuses, l’entouraient, gants de laine et bonnets de toutes les couleurs, et chantaient des chants de Noël de leurs jolies voix cristallines. Ils semblaient totalement ravis de leur nouvel ami. Babo vit que ses branches avaient été décorées de boules multicolores et de guirlandes, et réalisa avant tout que ses racines avaient été replantées en terre, ce qui lui redonnait la vie.
Il balaya du regard l’endroit où il se trouvait. Plus de trottoirs déserts, plus de constructions de pierres avec des façades vitrées, plus de voitures, de camions ou de déchets. Non, l’endroit était calme, avec un peu de verdure et des massifs de fleurs endormis sous la neige qui avait maintenant totalement recouvert le paysage. Il vit un muret de pierres, quelques arbres fruitiers, et un peu plus loin le mur d’une petite maison dans les tons roses et jaunes. Il se trouvait dans un jardin. Les enfants qui l’entouraient étaient ceux de la maison, accompagnés de quelques-uns de leurs amis. Ils avaient découvert Babo totalement épuisé et sans vie un matin alors qu’ils partaient faire de la luge pour leur premier jour de vacances de Noël et l’avaient vite transporté sur le traîneau, tentant de sauver Babo en le replantant tout aussi vite dans le jardin après avoir obtenu l’accord de leurs parents. La vie revenant en Babo, même s’il n’avait pas encore repris connaissance, les enfants avaient décidé de le décorer pour la fête de Noël qui approchait et d’en faire le roi de la fête pour cette année. C’était décidé, il  n’y aurait pas d’autre sapin dans cette maison cette année-là, ni les suivantes d’ailleurs. A quoi bon couper un sapin alors qu’il est possible de le laisser en vie ?
Babo était enchanté de ses nouveaux amis, de sa nouvelle famille, et il fit également la connaissance de Poussinette, la petite chatte de la maison, qui vint le caresser de son pelage doré doux comme de la soie, des oiseaux familiers du jardin, et du rouge-gorge qui vint se poser sur l’une de ses branches comme pour lui souhaiter la bienvenue. Roi de la fête de Noël en cette fin de mois de décembre, il traversa les autres saisons allégrement et put partager les jeux et les rires des enfants, apporter un peu d’ombre à sa nouvelle famille lorsque l’été était présent et se faisait très chaud, et il se mit à grandir, grandir, grandir… pour la plus grande joie de la maisonnée qui l’avait recueilli et qui elle aussi grandissait, grandissait, grandissait et se multipliait.